A Lisbonne, Le Consulat élève l’hôtellerie au rang d’art

Difficile de faire plus central à Lisbonne que Le Consulat, qui domine de son prestige la place Camões. Central, l’art l’est aussi dans le concept de cet hôtel d’un genre nouveau, installé dans l’ancien consulat du Brésil et où chaque suite, désormais, expose les œuvres d’une galerie locale. Vera Ferreirinha et François Blot gèrent ce lieu qui se veut d’échange, « où l’on promeut la culture portugaise dans un contexte latin »

« We are not only consumers. » Nous ne sommes pas seulement des consommateurs. La devise n’est pas inscrite au fronton du Consulat, qui surplombe depuis juin 2017 la place Camões à Lisbonne, mais elle s’affiche en première page du site Internet de cet hôtel de luxe. Les patrons la revendiquent et ont d’ailleurs fondé tout le concept artistique du lieu sur celle-ci.

« C’est une phrase très importante pour nous », confirme François Blot qui, avec son associée portu- gaise Vera Ferreirinha, est à l’origine de ce projet d’ampleur dédié aux arts qui comprend donc un hôtel, un restaurant et un bar. Le Français s’explique : « Aujourd’hui, les gens voyagent de plus en plus avec les vols low cost. On est un peu comme dans une bétaillère qui nous emmène consommer ailleurs. On retrouve les mêmes Zara, les mêmes Mango, les mêmes McDonalds, les mêmes appartements Ikea… On passe d’une capitale à une autre et on y vit la même expérience, on y mange la même nourriture… »

Le consulat du Brésil a occupé l’immeuble durant 104 ans

L’hôtelier prend quelques exemples, comme Venise – « qui restera Venise avec un tel patrimoine mais qui est tout de même devenu un parc d’attractions avec le temps » – ou Barcelone, où il réside encore, dans cette ville qui, « victime de son succès, a un peu perdu son âme ». Reste Lisbonne, « à la croisée des chemins », assure-t-il, parce que elle est restée « authentique, et c’est rare ».

C’est donc contre cette uniformisation que le Consulat s’inscrit. « On est tous différents et riches de nos différences », insiste François Blot. Aussi veut-il que son hôtel de luxe s’impose comme une ambassade de « la culture portugaise dans un environnement latin », ou tout simplement un consulat, comme celui du Brésil qui a occupé l’imposant immeuble durant cent quatre ans. D’où le nom de l’hôtel, un clin d’œil à l’histoire du lieu où désormais 18 suites exposent chacune les œuvres d’une galerie locale. L’aboutissement d’un long processus. Rembobinons-le.

François Blot est originaire du Havre, en Normandie. Après des études juridiques à Paris, il travaillera longtemps dans le domaine de l’art, notamment dans l’édition de revues et programmes culturels, mais aussi dans le mécénat. « Je reviens donc à mes premières amours », convient-il. Entre-temps, il crée les Assurances de l’Adour, courtier sur Internet spécialisé dans les complémentaires santé, qui lui ont permis de s’enrichir et d’investir à Lisbonne.

« Je vis à Barcelone depuis cinq ans, mais avec le groupe, nous avions des bureaux dans l’immeuble ici à Lisbonne, où je venais régulièrement, raconte-t-il. Quand on a su que le consulat du Brésil allait déménager, on a pensé notre projet et présenté notre candidature. » Laquelle sera retenue pour exploiter les locaux, qui appartiennent toujours aux Teles, une famille lisboète. « C’est sûr qu’on a fait des envieux », sourit François Blot, qui esquive le montant de l’investissement, assuré par lui-même, son associée Vera et deux autres particuliers, qui leur ont prêté des fonds : « C’est un budget à géométrie variable, mais on a arrêté de compter au-delà de 2 millions d’euros. »

Des suites de 36 à 140 m2 décorées d’oeuvres d’art

Le résultat est là. Tout est grandiose au Consulat. A commencer par l’espace. Les suites, par exemple, vont de 36 à… 140 m2. « C’est le premier luxe, l’espace, tranche François Blot. Je suis surpris qu’il y ait encore des gens qui acceptent aujourd’hui de payer 400 ou 500 euros pour une chambre de 18 m2. » Au total, un nombre très important d’oeuvres y sont exposées, plus de 200. A chaque suite sa galerie, c’est le principe. La commissaire Adelaide Ginga, qui vient du musée d’art contemporain de Lisbonne, assure les relations avec les galeristes, dans le but de mettre en valeur de jeunes artistes émergeants, principalement portugais, mais aussi français, italiens ou encore espagnols. Dernièrement, le Consulat donnait à voir, par exemple, les photos des Catalans Carmen Escudero Rubi et Miquel Llonch, dans le cadre de l’expo « Silence, vallées et échos ». Le peintre allemand Maximilian Magnus a également été accueilli en résidence durant un mois.

« Les gens qui viennent séjourner chez nous peuvent donc acheter les œuvres qui sont exposées dans les chambres, explique le patron des lieux. A terme, notre ambition, c’est d’attirer un public d’amateurs d’art, de plus en plus, qui viendra en connaissance de cause, avec l’espoir de découvrir la création locale et contemporaine. » Une expo, baptisée « Panorama », sera d’ailleurs organisée chaque année en mai.

La décoration, très réussie, est le fruit d’un travail d’équipe. Caroline Chabaud, décoratrice française installée à Lisbonne, a choisi les meubles. Valérie Guérand, à l’origine du projet avec François Blot, a travaillé sur les couleurs. Luis Mangas, propriétaire de la boutique Muito Muito à la LX Factory, où il rénove des meubles industriels pour en faire des objets de déco, a égale- ment apporté sa touche.

Un ambassadeur de la gastronomie portugaise en cuisine

André Magalhães, quant à lui, le chef de la Taberna da Rua das Flores, toute proche du Consulat, dirige désormais également le restaurant de l’hôtel, la Taberna Fina, située au deuxième étage de l’immeuble. « Il est l’un des ambassadeurs de la cuisine portugaise et un défenseur de son identité », s’enthousiasme François Blot, heureux de travailler avec le célèbre « tavernier » lisboète. Pour ce qui est du bar à vins, le credo est le même : « On veut montrer toute la richesse des produits viticoles portugais, en les mélangeant avec des vins espagnols, italiens, français… »

Et à la tête de cette équipe triée sur le volet, d’un personnel d’une trentaine de personnes, on retrouve donc Vera Ferreirinha. Originaire de Macedo de Cavaleiros, dans le nord du Portugal, Vera a émigré en France avec sa famille à l’âge de 10 mois. Après vingt ans passés à Toulouse, où elle a entrepris ses études en finance qu’elles a terminées à Porto, elle a créé son cabinet d’expertise comptable (qu’elle a toujours), avant de devenir manager du segment français à Lisbonne chez Mazars, un cabinet d’audit international.

« Valérie, l’ex-femme de François, était ma cliente. C’est elle qui m’a intéressée au projet, et François est arrivé. Ils m’ont pro- posé de se lancer avec eux. J’ai dit banco car le lieu est sympa. » Aujourd’hui, Vera s’investit « non stop » dans la gestion de l’hôtel, dans son cabinet d’expertise comptable et dans « d’autres projets immobiliers ». Le Consulat, dit-elle, « c’est un bébé. C’est complètement différent de ce que j’ai connu avant. Il y a une adrénaline, alimentée par l’ambition de vouloir créer un lieu de rencontres pour tous ceux qui veulent faire du business et apprendre des autres. »

Pour ça, le Consulat organise chaque mois un déjeuner et un afterwork. « Dès le départ, on était d’accord sur le fait de créer un lieu d’échanges, que ce soit dans le domaine artistique ou dans le business, appuie l’associée-gérante. C’est toujours intéressant de partager des parcours de vie, d’investissement et de carrière. » Ça l’est d’autant plus quand ce partage a lieu dans le cadre classe et feutré d’un des plus beaux immeubles de Lisbonne.

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